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Métaux lourds : sources, risques, dépistage et prévention

Photo du rédacteur: christophe andre
christophe andre
13 oct. 2024
8 min de lecture

Dernière mise à jour : 1 sept.



Résumé

Le plomb, le mercure, le cadmium et l’arsenic sont des contaminants environnementaux pouvant affecter le système nerveux, les reins, les os, le système cardiovasculaire et le développement de l’enfant.

Le risque dépend du métal, de sa forme chimique, de la dose, de la durée d’exposition et de la voie d’entrée dans l’organisme.

La première mesure à prendre n’est pas une « cure détox ». Elle consiste à identifier et supprimer la source d’exposition. Le diagnostic repose ensuite sur des analyses biologiques choisies en fonction du contexte. La chélation est réservée aux intoxications confirmées et doit être conduite par un médecin expérimenté en toxicologie.

Que désigne l’expression « métaux lourds » ?

L’expression « métaux lourds » est couramment utilisée, mais elle manque de précision scientifique.

Elle regroupe généralement plusieurs éléments présentant une toxicité connue :

  • le plomb ;

  • le mercure ;

  • le cadmium ;

  • l’arsenic, qui est en réalité un métalloïde ;

  • parfois le nickel, le chrome ou l’aluminium.

Tous ces éléments n’ont pas le même comportement biologique. Leur toxicité dépend notamment de leur forme chimique.

Le méthylmercure présent dans certains poissons ne se comporte pas comme la vapeur de mercure métallique. L’arsenic organique des produits marins est généralement moins préoccupant que l’arsenic inorganique présent dans certaines eaux souterraines.

Parler d’une intoxication aux métaux sans identifier précisément l’élément et sa forme chimique conduit donc à des interprétations erronées.

Les principales sources d’exposition

Le plomb

Les principales sources domestiques sont :

  • les anciennes peintures contenant du plomb ;

  • les poussières produites pendant une rénovation ;

  • certaines anciennes canalisations d’eau ;

  • les activités professionnelles ou de loisir utilisant du plomb ;

  • certains objets, jouets, céramiques, bijoux ou produits importés non conformes.

En Wallonie, les autorités attirent particulièrement l’attention sur les peintures dégradées et les anciennes canalisations. Les enfants sont les plus vulnérables, notamment en raison de l’ingestion de poussières par contact entre les mains et la bouche.

Aucun niveau d’exposition au plomb n’est considéré comme totalement dépourvu de risque chez l’enfant.

Le mercure

L’exposition alimentaire concerne principalement le méthylmercure accumulé dans les poissons prédateurs vivant longtemps, notamment l’espadon et certaines espèces de thon.

Ce n’est pas la teneur en graisse du poisson qui détermine principalement le risque, mais sa position dans la chaîne alimentaire, sa taille, son âge et son espèce.

Les autres sources possibles sont :

  • certaines activités industrielles ;

  • les bris d’anciens thermomètres ou appareils contenant du mercure ;

  • certaines pratiques artisanales ;

  • des produits éclaircissants illégaux ;

  • certaines expositions professionnelles.

Les amalgames dentaires libèrent de faibles quantités de vapeur de mercure. Leur retrait préventif n’est pas recommandé en l’absence d’indication dentaire, car l’intervention elle-même peut augmenter temporairement l’exposition.

Le cadmium

Le tabagisme constitue une source majeure de cadmium. Chez les non-fumeurs, l’exposition provient surtout de l’alimentation.

Le cadmium peut être présent dans :

  • certaines céréales ;

  • les pommes de terre et légumes-racines ;

  • certains coquillages ;

  • les abats ;

  • le cacao ;

  • certains produits issus de sols contaminés.

Des expositions plus importantes sont possibles dans la métallurgie, la fabrication de batteries et certaines activités industrielles.

L’arsenic

À l’échelle mondiale, la principale source préoccupante est l’eau contenant de l’arsenic inorganique. Cette situation touche particulièrement certaines régions d’Asie et d’Amérique du Sud.

En Europe, l’exposition alimentaire fait l’objet d’une surveillance réglementaire. Certains produits à base de riz et certaines algues peuvent contribuer à l’exposition.

La mesure de l’arsenic total peut être trompeuse après la consommation de produits marins. Une analyse avec différenciation des formes chimiques peut être nécessaire.

Les effets sur la santé

Plomb

Le plomb affecte particulièrement le développement du cerveau. Chez l’enfant, il est associé à des diminutions des capacités cognitives, à des troubles de l’attention et à des difficultés d’apprentissage.

Chez l’adulte, une exposition prolongée peut contribuer à :

  • l’hypertension ;

  • des atteintes rénales ;

  • des troubles neurologiques ;

  • des anomalies de la reproduction ;

  • une augmentation du risque cardiovasculaire.

Le plomb se stocke notamment dans les os. Il peut être remobilisé plusieurs années plus tard, par exemple pendant la grossesse ou lors d’une perte osseuse importante.

Mercure

Les effets dépendent de la forme du mercure.

Le méthylmercure est surtout neurotoxique. Le cerveau en développement du fœtus et du jeune enfant est particulièrement sensible.

L’inhalation de vapeurs de mercure métallique peut provoquer des atteintes neurologiques, respiratoires et rénales. Les sels inorganiques de mercure affectent principalement les reins et le système digestif.

Cadmium

Le cadmium s’accumule principalement dans les reins. Sa demi-vie biologique peut atteindre plusieurs décennies.

Une exposition chronique peut entraîner :

  • une atteinte des tubules rénaux ;

  • une perturbation du métabolisme minéral ;

  • une fragilisation osseuse ;

  • une augmentation de certains risques cancérogènes.

Arsenic inorganique

Une exposition prolongée peut provoquer :

  • des lésions cutanées ;

  • des troubles cardiovasculaires ;

  • des neuropathies ;

  • une augmentation du risque de cancer de la peau, du poumon et de la vessie.

La prévention repose avant tout sur l’accès à une eau ne contenant pas une concentration excessive d’arsenic.

Des symptômes souvent peu spécifiques

La fatigue, les difficultés de concentration, les douleurs musculaires, les troubles digestifs ou les maux de tête ne permettent pas de diagnostiquer une intoxication métallique.

Ces symptômes peuvent avoir de nombreuses autres causes.

Une évaluation crédible doit commencer par :

  • l’histoire professionnelle ;

  • les habitudes alimentaires ;

  • le tabagisme ;

  • les travaux de rénovation ;

  • les caractéristiques du logement ;

  • la qualité de l’eau ;

  • les loisirs ou activités artisanales ;

  • la présence éventuelle d’une source industrielle.

Les analyses ne devraient être prescrites que lorsqu’une exposition est plausible.

Quels examens sont utiles ?

Le choix de l’analyse dépend du métal et du moment de l’exposition.

Plomb

La plombémie veineuse est l’examen de référence. Un premier prélèvement capillaire élevé doit être confirmé par une analyse veineuse.

Mercure

Le sang est notamment utilisé pour évaluer une exposition récente au méthylmercure. L’urine est davantage adaptée à certaines expositions au mercure élémentaire ou inorganique.

Arsenic

L’arsenic urinaire peut être utile, mais une spéciation est parfois nécessaire pour distinguer l’arsenic inorganique toxique des formes organiques provenant des produits marins.

Cadmium

Le cadmium sanguin reflète davantage une exposition récente. Le cadmium urinaire peut fournir des informations sur une exposition chronique, mais son interprétation doit tenir compte de la fonction rénale et du tabagisme.

Ces examens doivent être prescrits et interprétés par un médecin ou un toxicologue.

Les tests à éviter

Les analyses urinaires réalisées après l’administration de DMSA, de DMPS ou d’EDTA sont parfois présentées comme une mesure de la « charge corporelle ».

Cette méthode n’est pas validée.

Un chélateur augmente mécaniquement l’excrétion urinaire de plusieurs métaux. Les résultats sont ensuite comparés à des valeurs de référence établies chez des personnes n’ayant pas reçu de chélateur. Cette comparaison n’est pas interprétable.

L’American College of Medical Toxicology déconseille ces tests en raison :

  • de l’absence de valeurs de référence validées ;

  • du risque de faux diagnostics ;

  • de la mobilisation de métaux essentiels ;

  • des effets indésirables possibles des chélateurs.

L’analyse des cheveux comporte également d’importantes limites. Elle peut être influencée par les produits capillaires et les contaminations externes. Elle n’est pas adaptée au diagnostic général d’une intoxication métallique.

Les plantes permettent-elles d’éliminer les métaux ?

L’ail, la coriandre, la chlorella, la spiruline et le chardon-Marie ont fait l’objet de recherches expérimentales.

Certains résultats obtenus sur des cellules ou des animaux suggèrent :

  • une activité antioxydante ;

  • une fixation de certains ions dans le tube digestif ;

  • une diminution de certains marqueurs de toxicité ;

  • une modulation du glutathion.

Les données cliniques humaines restent toutefois limitées et hétérogènes. Elles ne permettent pas de considérer ces produits comme des traitements validés d’une intoxication au plomb, au mercure, au cadmium ou à l’arsenic.

Une plante diurétique n’extrait pas nécessairement un métal stocké dans le cerveau, les reins ou les os. Elle peut même poser problème lorsque la fonction rénale est altérée.

La chlorella, la spiruline et les algues doivent par ailleurs être contrôlées, car certains produits peuvent eux-mêmes contenir de l’arsenic, du plomb ou du cadmium.

Soutenir l’organisme sans promettre une chélation

Une alimentation équilibrée peut réduire la vulnérabilité à certains contaminants. Des apports suffisants en fer et en calcium limitent notamment l’absorption digestive du plomb chez l’enfant.

Les mesures générales comprennent :

  • une alimentation diversifiée ;

  • des apports protéiques suffisants ;

  • la correction d’une carence en fer, zinc ou calcium ;

  • l’arrêt du tabac ;

  • une hydratation adaptée ;

  • la prise en charge d’une maladie rénale ou hépatique.

Les antioxydants peuvent participer à la protection contre le stress oxydatif. Ils ne suppriment pas pour autant la source d’exposition et ne retirent pas automatiquement les métaux accumulés.

La chélation médicale

La chélation consiste à administrer un médicament capable de se lier à un métal pour en faciliter l’élimination.

Elle est réservée aux intoxications confirmées. Le choix du médicament dépend :

  • du métal concerné ;

  • de sa forme chimique ;

  • du taux mesuré ;

  • des symptômes ;

  • de l’âge ;

  • de la fonction rénale et hépatique ;

  • du délai depuis l’exposition.

Le succimer, ou DMSA, peut être utilisé dans certaines intoxications au plomb. Le calcium disodium EDTA peut être employé dans des intoxications importantes au plomb. Le dimercaprol est réservé à certaines situations sévères. D’autres chélateurs peuvent être utilisés sous contrôle toxicologique selon le métal.

L’EDTA disodique ne doit pas être confondu avec le calcium disodium EDTA. Une erreur de produit peut provoquer une hypocalcémie grave.

La chélation peut entraîner :

  • une atteinte rénale ou hépatique ;

  • une diminution de certains minéraux essentiels ;

  • des réactions allergiques ;

  • des troubles digestifs ;

  • une redistribution du métal ;

  • une remontée des concentrations après le traitement.

Elle ne doit jamais être entreprise sur la seule base de symptômes généraux ou d’un test urinaire provoqué.

Prévenir l’exposition dans l’habitat

Les mesures les plus efficaces consistent à agir sur la source :

  • faire analyser l’eau en présence d’anciennes canalisations en plomb ;

  • repérer les peintures anciennes avant de poncer ou de rénover ;

  • éviter de produire des poussières sans confinement et aspiration adaptés ;

  • faire intervenir un professionnel pour les matériaux contaminés ;

  • aérer lors de travaux ;

  • se laver les mains après une activité utilisant des métaux ;

  • ne pas ramener au domicile des vêtements professionnels contaminés ;

  • choisir des cosmétiques et compléments conformes aux normes européennes.

Les filtres à eau ne retiennent pas tous les contaminants. Leur efficacité doit être vérifiée pour le métal concerné et confirmée par une analyse avant et après filtration.

Quelle place pour le géobiologue ?

Le géobiologue peut contribuer à l’enquête environnementale en examinant :

  • l’âge du bâtiment ;

  • les anciennes canalisations ;

  • les matériaux et peintures ;

  • les activités menées dans le logement ;

  • la proximité d’une activité industrielle ;

  • les sources possibles de poussières ou de contamination de l’eau.

Son rôle consiste à orienter l’investigation et à recommander des analyses réalisées par un laboratoire accrédité.

Une antenne, un pendule, une caméra Bio-Well ou une mesure électromagnétique ne permettent pas d’identifier chimiquement un métal dans l’eau, l’air, les matériaux ou l’organisme.

Le diagnostic médical appartient au médecin. L’analyse environnementale quantitative appartient aux laboratoires et professionnels compétents.

Que faire en cas de suspicion ?

En cas d’exposition probable :

  1. S’éloigner de la source sans se mettre en danger.

  2. Ne pas commencer de protocole de détoxification.

  3. Conserver les informations sur le produit ou le matériau concerné.

  4. Contacter un médecin ou le Centre Antipoisons.

  5. Réaliser les analyses biologiques et environnementales appropriées.

  6. Corriger la source avant d’envisager un traitement.

En Belgique, le Centre Antipoisons est joignable au 070 245 245, 24 heures sur 24. En présence de symptômes graves, il faut contacter le 112.

Conclusion

Le plomb, le mercure, le cadmium et l’arsenic peuvent provoquer des effets sanitaires importants. Le risque ne peut toutefois pas être évalué sur la seule présence de fatigue, de douleurs ou de difficultés de concentration.

Une démarche rigoureuse repose sur trois étapes :

  • identifier une exposition plausible ;

  • réaliser les analyses adaptées ;

  • supprimer la source.

Les plantes et compléments alimentaires ne constituent pas des chélateurs médicaux validés. La chélation est un traitement toxicologique réservé à des indications précises.

Dans ce domaine, la prévention environnementale est généralement plus sûre et plus efficace qu’une « détoxification » entreprise sans diagnostic.

Références

Organisation mondiale de la santé. « Lead poisoning and health ».

Organisation mondiale de la santé. « Mercury and health ».

Organisation mondiale de la santé. « Arsenic ».

Organisation mondiale de la santé. « Guideline for clinical management of exposure to lead ».

Autorité européenne de sécurité des aliments. « Metals as contaminants in food ».

SPF Santé publique. « Métaux lourds dans l’alimentation ».

Service public de Wallonie. « Polluants de l’air intérieur ».

Ruha A. M. et al. « Recommendations for provoked challenge urine testing ». Journal of Medical Toxicology, 2013.

American College of Medical Toxicology. « Recommendation against post-chelator challenge testing ».

Centre Antipoisons belge. « Quand et comment appeler ? ».

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