Champs électromagnétiques et courants vagabonds : que peut-on réellement mesurer ?
Dernière mise à jour : 1 sept.
Champs électromagnétiques et courants vagabonds : que peut-on réellement mesurer ?
Résumé
Les champs électromagnétiques produits par les installations électriques sont mesurables. Certaines anomalies de câblage ou certains chemins de retour du courant peuvent augmenter localement le champ magnétique à 50 Hz. Les courants vagabonds constituent également un problème réel de sécurité électrique, de corrosion et d’interférences.
En matière de santé, les conclusions doivent cependant rester prudentes. Une association statistique existe entre leucémie infantile et exposition résidentielle prolongée à des champs magnétiques supérieurs à 0,3–0,4 µT, sans que la causalité soit démontrée. Les études humaines récentes ne mettent pas en évidence d’augmentation du risque de tumeur cérébrale liée à l’utilisation du téléphone mobile. Quant à l’earthing, ses bénéfices cliniques ne sont pas établis.
Champs électriques, champs magnétiques et radiofréquences
Il convient de distinguer plusieurs phénomènes.
Les installations électriques domestiques produisent des champs électriques et magnétiques à 50 Hz. Le champ électrique dépend principalement de la tension. Le champ magnétique dépend du courant, de la distance et de la disposition des conducteurs.
Les téléphones mobiles, le Wi-Fi et les antennes utilisent des radiofréquences. Ces expositions ne doivent pas être confondues avec les champs magnétiques produits par les lignes électriques.
Enfin, un courant vagabond est un courant qui emprunte un trajet non prévu, par exemple une canalisation, une structure métallique ou le sol.
Les observations du Dr Jean-Claude Albaret
Le Dr Jean-Claude Albaret a décrit, à partir d’observations de terrain, des niveaux magnétiques qu’il qualifiait de « VASEM », pour « valeurs anormalement surélevées d’exposition magnétique ».
Il associait ces mesures à certaines configurations de poteaux, notamment les dérivations et les changements de type de câble. Son article de 1999 expose principalement des observations et des hypothèses. Il ne constitue pas une étude épidémiologique permettant de démontrer que ces poteaux augmentent le risque de tumeur cérébrale. Le terme VASEM n’est d’ailleurs pas une catégorie d’exposition reconnue par l’OMS ou l’Anses. Article de Jean-Claude Albaret
L’hypothèse électrique sous-jacente peut néanmoins être examinée. Lorsque les courants aller et retour circulent dans des conducteurs proches et transportent la même intensité, leurs champs magnétiques se compensent partiellement. Si une partie du courant retourne par un autre chemin, cette compensation diminue et le champ ambiant peut augmenter.
La forme du poteau ne suffit toutefois pas à identifier une anomalie. Il faut mesurer le champ, rechercher sa source et contrôler l’installation.
Champs à 50 Hz et leucémie infantile
En 2002, le Centre international de recherche sur le cancer a classé les champs magnétiques d’extrêmement basse fréquence comme « peut-être cancérogènes pour l’humain », groupe 2B.
Cette classification repose principalement sur une association statistique entre leucémie infantile et exposition résidentielle moyenne supérieure à environ 0,3–0,4 µT. Certaines analyses trouvent un risque approximativement doublé dans le groupe le plus exposé.
Cette association ne démontre cependant pas une relation de cause à effet. Des biais de sélection restent possibles, aucun mécanisme biologique accepté n’a été identifié et les études animales sont majoritairement négatives. L’OMS considère donc que les données ne sont pas suffisamment solides pour conclure à une causalité. Synthèse de l’OMS sur les champs de très basse fréquence
Ces valeurs ne doivent pas être confondues avec la limite réglementaire française de 100 µT à 50 Hz, destinée à prévenir les effets aigus établis. Elles correspondent à une catégorie utilisée dans les études épidémiologiques, pas à un seuil individuel de maladie. Méthodologie de mesure de l’Ineris
Radiofréquences et cancer
Les données humaines ont considérablement évolué depuis les premières études sur le téléphone mobile.
Une revue systématique publiée en 2024, portant sur 63 articles provenant de 22 pays, conclut que l’utilisation du téléphone mobile n’augmente probablement pas le risque de gliome, de méningiome, de neurinome acoustique ou de tumeur des glandes salivaires. Cette conclusion reste valable pour les durées d’utilisation supérieures à dix ans et les temps d’appel cumulés importants. Revue systématique de Karipidis et collaborateurs
En 2025, l’Anses a également conclu que l’ensemble des nouvelles données ne mettait pas en évidence de lien entre l’exposition aux radiofréquences et l’apparition de cancers. Actualisation de l’Anses
Des études chez le rat ont néanmoins observé certains gliomes et schwannomes cardiaques. Une revue systématique de 2025 considère les résultats concernant ces tumeurs comme solides dans certains modèles animaux. Leur transposition aux expositions humaines usuelles reste toutefois incertaine, notamment en raison des protocoles et des doses utilisés. Revue des études animales
Stress oxydatif et fertilité
L’affirmation selon laquelle 93 % des études montreraient un stress oxydatif provoqué par les radiofréquences est trompeuse. Elle provient d’une ancienne sélection d’études ne comportant pas l’évaluation méthodologique aujourd’hui exigée.
Une revue systématique de 2024 conclut que les résultats sont très hétérogènes. La plupart des études présentent un risque élevé de biais et le niveau de certitude global est très faible. Revue sur le stress oxydatif
Concernant la fertilité masculine, une autre revue systématique de 2024 trouve peu d’éléments en faveur d’une association chez l’humain. Les mesures d’exposition sont souvent fondées sur des déclarations d’utilisation du téléphone, ce qui rend les conclusions très incertaines. Revue sur la fertilité masculine
Les courants vagabonds
Les courants vagabonds sont un phénomène électrique réel. Ils peuvent provoquer :
une corrosion électrochimique des structures métalliques ;
des tensions de contact ;
des déclenchements ou dysfonctionnements électriques ;
des interférences avec certains équipements ;
une augmentation locale du champ magnétique lorsque les trajets aller et retour sont séparés.
Leur présence ne démontre pas un risque de cancer. Leur importance sanitaire dépend notamment de la tension de contact, de l’intensité du courant, de la durée du contact et des conditions d’humidité.
La recherche d’un courant sur une canalisation ou d’un défaut de mise à la terre doit être confiée à un électricien qualifié. Une valeur universelle telle que « zéro milliampère sur les tuyaux » n’est pas un critère diagnostique suffisant.
Le choix entre les schémas TT, TN-S ou IT dépend du réseau, de l’installation et des règles nationales. Il ne doit pas être modifié dans le seul objectif de réduire un champ électromagnétique. En Belgique, le cadre applicable est le Règlement général sur les installations électriques.
Que penser de l’earthing ?
L’earthing consiste à mettre le corps en contact avec le sol ou avec un dispositif conducteur raccordé à la terre.
Quelques études exploratoires rapportent des modifications du sommeil, du cortisol, de la douleur ou de certains paramètres sanguins. Les échantillons sont néanmoins très petits. L’étude souvent citée sur le cortisol ne comportait que douze participants et aucun véritable groupe témoin. Étude pilote sur le cortisol
L’hypothèse selon laquelle les électrons de la Terre neutraliseraient directement les radicaux libres dans le corps n’est pas démontrée. L’earthing ne peut donc pas être présenté comme un traitement de l’inflammation ou comme une protection contre les champs électromagnétiques.
Marcher pieds nus peut être agréable et favoriser le contact avec la nature. Un tapis ou un drap raccordé à la terre nécessite davantage de prudence : la prise de terre et l’installation doivent avoir été contrôlées, et le matériel doit être conçu pour cet usage.
Mesurer avant d’interpréter
En présence d’un champ magnétique inhabituel, une démarche rigoureuse consiste à :
identifier la fréquence et le type de champ ;
effectuer des mesures à plusieurs moments, car la consommation varie ;
rechercher la source par coupure contrôlée des circuits ;
examiner les trajets des conducteurs aller et retour ;
contrôler les liaisons équipotentielles et les courants résiduels ;
faire intervenir le gestionnaire du réseau si la source est extérieure.
La distance avec la source constitue souvent la mesure de réduction la plus simple. Les défauts de câblage doivent être corrigés. Une connexion filaire ou l’extinction des appareils radio inutilisés peut réduire l’exposition, mais ne doit pas être présentée comme un traitement médical.
Conclusion
Les champs électromagnétiques et les courants vagabonds sont mesurables. Certaines anomalies électriques peuvent être recherchées et corrigées.
En revanche, l’existence d’un champ inhabituel ne permet pas de conclure à un risque de cancer. Les observations du Dr Albaret constituent une hypothèse historique qui n’a pas été confirmée par une étude épidémiologique adaptée.
La bonne démarche consiste à distinguer les mesures électriques, les associations statistiques, les résultats expérimentaux et les effets sanitaires réellement démontrés.


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