Mitochondries, biophotons et Bio-Well : que mesure-t-on réellement ?
Dernière mise à jour : 1 sept.
Résumé
Les mitochondries produisent l’essentiel de l’ATP nécessaire au fonctionnement cellulaire. Les réactions d’oxydoréduction qui s’y déroulent peuvent aussi contribuer à de très faibles émissions lumineuses, appelées émissions photoniques ultra-faibles ou UPE.
Ces émissions existent, mais elles doivent être détectées dans l’obscurité avec des photomultiplicateurs ou des caméras très sensibles. Le Bio-Well utilise un autre principe : il provoque une décharge gazeuse autour des doigts au moyen d’une impulsion électrique.
Les UPE, la photobiomodulation et la bioélectrographie sont donc trois domaines distincts. Les confondre conduit à attribuer au Bio-Well des capacités de mesure qu’il ne possède pas.
Les mitochondries : bien davantage que des centrales énergétiques
Les mitochondries sont présentes dans la majorité des cellules humaines. Elles participent à la production d’ATP par la phosphorylation oxydative.
L’ATP fournit une énergie directement utilisable pour :
la contraction musculaire ;
le transport des ions ;
la transmission nerveuse ;
la synthèse des molécules ;
le maintien des fonctions cellulaires.
Les mitochondries interviennent également dans la régulation du calcium, la production d’espèces réactives de l’oxygène, l’adaptation au stress et la mort cellulaire programmée.
Leur fonctionnement est donc essentiel, mais il ne peut pas être résumé à une notion générale d’« énergie vitale ».
Fatigue et brouillard mental : des symptômes peu spécifiques
La fatigue persistante et les difficultés de concentration peuvent avoir de nombreuses causes :
troubles du sommeil ;
anémie ;
dysfonctionnement thyroïdien ;
infection ou inflammation ;
carence nutritionnelle ;
effets indésirables d’un médicament ;
dépression ou anxiété ;
maladie métabolique, cardiaque ou respiratoire.
Certaines maladies mitochondriales provoquent effectivement une fatigue importante. Elles sont toutefois rares et nécessitent des examens médicaux spécialisés.
Une fatigue nouvelle, prolongée ou inexpliquée doit donc être évaluée médicalement avant d’être attribuée à un manque d’énergie mitochondriale.
Les cellules émettent-elles réellement de la lumière ?
Oui. Les organismes vivants produisent spontanément des émissions photoniques ultra-faibles.
Ces émissions sont notamment liées à des réactions d’oxydation. Certaines molécules passent temporairement dans un état électronique excité. Lorsqu’elles reviennent à leur état initial, une petite quantité d’énergie peut être libérée sous la forme d’un photon.
Les mitochondries peuvent contribuer à ce phénomène par leurs réactions d’oxydoréduction. Elles ne sont cependant pas l’unique source. L’oxydation des lipides, des protéines et d’autres composants cellulaires participe également aux émissions observées.
Leur intensité est extrêmement faible, généralement de quelques unités à quelques centaines de photons par seconde et par centimètre carré. Leur mesure nécessite :
une chambre obscure ;
un photomultiplicateur ;
une caméra CCD ou CMOS refroidie ;
un contrôle rigoureux de la température et de la lumière résiduelle.
Une lumière qui indiquerait directement la santé cellulaire ?
L’intensité des émissions photoniques peut varier avec le métabolisme oxydatif, l’inflammation, certains stress chimiques ou l’exposition à la lumière.
Cela ne permet pas d’établir une règle simple selon laquelle les cellules saines émettraient une lumière stable et cohérente, tandis que les cellules malades produiraient une lumière faible et désorganisée.
Dans une étude cellulaire publiée en 2025, différents stress chimiques ont provoqué des réponses différentes : augmentation des émissions dans certaines conditions, faible modification dans d’autres. Les variations ne correspondaient pas systématiquement aux concentrations d’ATP ou d’espèces réactives de l’oxygène.
Les UPE pourraient donc fournir des informations sur certaines réactions oxydatives. Elles ne constituent pas actuellement un indicateur clinique général de vitalité ou de santé.
Que reste-t-il des travaux de Fritz-Albert Popp ?
Fritz-Albert Popp a contribué à faire connaître l’étude des émissions photoniques biologiques. Il a également proposé que ces émissions puissent présenter une cohérence optique et participer à la communication cellulaire.
Cette seconde partie de ses travaux demeure hypothétique.
L’existence des émissions photoniques ultra-faibles est établie. En revanche, leur organisation comparable à celle d’un laser, leur fonction de communication et leur capacité à coordonner l’ensemble d’un organisme n’ont pas été démontrées de manière reproductible.
Il convient donc de distinguer l’observation physique des photons de l’interprétation biologique qui leur est attribuée.
Le Bio-Well mesure-t-il ces biophotons ?
Non.
Le Bio-Well appartient à la famille des dispositifs de visualisation des décharges gazeuses, ou GDV. Le doigt est posé sur une plaque de verre conductrice. Une impulsion électrique de haute tension et de très faible intensité provoque une ionisation du gaz autour de la surface cutanée.
La caméra photographie la luminescence produite par cette décharge.
Le signal n’est donc pas une lumière cellulaire spontanée. Il dépend de l’interaction entre :
l’impulsion électrique ;
la surface du doigt ;
la conductivité cutanée ;
la transpiration ;
le contact avec l’électrode ;
les caractéristiques de l’air et de l’appareil.
Le logiciel calcule ensuite différents paramètres à partir de l’image. Les correspondances proposées avec les organes, les méridiens ou les chakras ne disposent pas d’une validation clinique indépendante suffisante.
Trois techniques à ne pas confondre
Technique | Phénomène étudié | Instrument | Limite principale |
Émissions photoniques ultra-faibles | Photons spontanément produits par des réactions biologiques | Photomultiplicateur ou caméra refroidie | Signal extrêmement faible et interprétation clinique incertaine |
Photobiomodulation | Application externe de lumière rouge ou infrarouge proche | LED ou laser calibré | Effets dépendant de la dose, de la longueur d’onde et de l’indication |
GDV/Bio-Well | Décharge gazeuse provoquée autour du doigt | Électrode, impulsion électrique et caméra | Ne mesure ni les biophotons spontanés ni l’activité des organes |
Quelle place conserver pour la bioélectrographie ?
Le Bio-Well peut produire des paramètres numériques à partir d’une image de décharge. Il peut donc être étudié expérimentalement, à condition de standardiser précisément :
l’horaire ;
la température ;
l’humidité ;
l’état de la peau ;
la pression du doigt ;
l’ordre des mesures ;
le délai entre deux acquisitions.
Ces données ne doivent cependant pas être présentées comme une mesure directe des mitochondries, du stress oxydatif, des organes ou d’un champ énergétique humain.
Une revue systématique des applications médicales de la GDV a conclu que des études méthodologiquement plus robustes étaient nécessaires. Une étude de fiabilité publiée en 2024 a également observé une importante variabilité et une faible cohérence de plusieurs paramètres du GDV et du Bio-Well.
Le dispositif ne doit pas être utilisé pour poser un diagnostic, détecter précocement une maladie ou modifier un traitement médical.
Comment soutenir le fonctionnement mitochondrial ?
L’activité physique constitue l’un des leviers les mieux documentés. Les exercices d’endurance et de renforcement musculaire stimulent l’adaptation et la biogenèse mitochondriales.
D’autres mesures générales sont également utiles :
conserver un sommeil régulier ;
éviter le tabagisme ;
limiter la sédentarité ;
disposer d’apports énergétiques et protéiques suffisants ;
corriger les carences documentées ;
traiter les maladies métaboliques lorsqu’elles existent.
La respiration lente peut réduire le stress et favoriser la régulation autonome. Elle ne constitue toutefois pas un traitement direct des mitochondries chez une personne correctement oxygénée.
Le jeûne intermittent modifie le métabolisme, mais ses effets dépendent du protocole et de la personne. Il n’est pas adapté à tout le monde, notamment en cas de dénutrition, de trouble alimentaire, de grossesse ou de certains traitements du diabète.
Que penser des compléments alimentaires ?
La coenzyme Q10, le NAD⁺ et le D-ribose participent à différents processus métaboliques. Cela ne signifie pas que leur supplémentation améliore nécessairement l’énergie ou la fonction mitochondriale chez une personne sans déficit particulier.
Les essais humains sur les précurseurs du NAD⁺, comme le NMN, montrent qu’ils peuvent modifier certains marqueurs biologiques. Les bénéfices cliniques durables sur la fatigue, le vieillissement ou la prévention des maladies restent cependant incertains.
La supplémentation doit être examinée selon l’état de santé, les traitements en cours et l’indication recherchée. Elle ne remplace pas l’évaluation de la cause d’une fatigue persistante.
La photobiomodulation
La photobiomodulation utilise une lumière rouge ou infrarouge proche afin de modifier certaines réponses cellulaires. Plusieurs mécanismes sont étudiés, notamment des effets sur la chaîne respiratoire mitochondriale, le monoxyde d’azote, la circulation locale et la signalisation inflammatoire.
Des bénéfices ont été rapportés pour certaines indications et avec des protocoles précis. Les résultats ne peuvent cependant pas être généralisés à tous les appareils, toutes les doses ou toutes les maladies.
La photobiomodulation n’est ni une mesure des biophotons ni une recharge générale de l’énergie cellulaire. En présence d’une maladie chronique, d’une lésion suspecte ou pendant un traitement oncologique, son utilisation doit être discutée avec l’équipe soignante.
Conclusion
Les mitochondries jouent un rôle central dans la production d’ATP, la régulation redox et la signalisation cellulaire. Les réactions biologiques produisent également de très faibles émissions photoniques, dont l’étude pourrait contribuer à une meilleure compréhension du stress oxydatif.
Ces émissions ne prouvent toutefois pas l’existence d’une lumière cohérente organisant le vivant.
Le Bio-Well mesure encore autre chose : une décharge gazeuse provoquée électriquement autour des doigts. Il ne mesure pas directement les biophotons, les mitochondries ou l’état des organes.
Une approche rigoureuse consiste donc à distinguer clairement ce que chaque instrument produit, ce qu’il mesure et ce que l’on peut raisonnablement en déduire.
Références
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Burgos R. C. R. et al. « Tracking biochemical changes correlated with ultra-weak photon emission using metabolomics ». Scientific Reports, 2017.
Hoh Kam J. et al. « Red and near-infrared light treatment can change the intensity of biophoton emissions in cell culture ». Scientific Reports, 2025.
Bista S. et al. « Applications of Gas Discharge Visualization Imaging in Health and Disease: A Systematic Review ». Journal of Integrative and Complementary Medicine, 2023.
Miraglia F. E. « Unreliability of the Gas Discharge Visualization Device and the Bio-Well for Biofield Science ». Journal of Anomalistics, 2024.
Wang et al. « The impact of exercise on mitochondrial biogenesis in skeletal muscle ». Systematic review and meta-analysis, 2025.
Zhang J. et al. « Efficacy of oral nicotinamide mononucleotide supplementation ». Systematic review and meta-analysis, 2025.




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